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Histoire d’A : Le geste absolu

L'histoire d'A est un conte racontant l'histoire d'un jeune élève qui apprend à maîtriser le geste à l'époque Perse.

« Un jour dans une petite école persane, les élèves recevaient leur première leçon d’écriture. En retenant leur souffle et en serrant les dents, les doigts crispés sur leurs calames, ils tracèrent du mieux qu’ils purent la première lettre de l’alphabet (alif bâ) : l’A, alif. C’est un trait vertical tiré de bas en haut, simple comme le chiffre 1 (qu’il sert aussi à noter) et, pour cette raison aussi, la première lettre du nom divin. Les enfants s’appliquent à reproduire ce symbole de l’unité en alignant des rangées de traits parallèles sur les pages de leurs cahiers de classe. L’un deux y prend un soin et un plaisir extrême, et n’arrête pas de remplir des pages.

Le maître passe maintenant à la lettre B, mais sa forme de barque agrémentée d’un point n’intéresse pas le garçon, fasciné par la perfection du A. Il s’obstine à remplir ses cahiers de alif, et ne veut rien apprendre d’autre. Il finit par être chassé de l’école et demeure ignorant et analphabète, mais sans jamais cesser de tracer des A partout et à tout moment. Un jour, au hasard de son errance, il passa devant l’école et son maître le reconnut. Pour l’édification des élèves, celui-ci voulut leur présenter ce cas d’échec scolaire patent : « Eh toi, montre-leur donc tout ce que tu as appris à l’école », lui lança-t-il. Alors l’homme prit un bout de craie et l’appliqua fermement, de son bras tendu, sur le mur de la classe. Or voici qu’à mesure que la craie glissait sur la pierre en traçant une parfaite droite blanche, sous l’implacable détermination de son geste, le mur se fendit en deux. »

Jean During, Cahiers de musiques traditionnelles, 14 : Le geste musical

« Cette parabole, explique un éminent dépositaire de la tradition du Lorestan, s’applique à merveille à nos anciennes mélodies populaires : avec une lettre, un mot, une simple ritournelle, elles vous transpercent le cœur, tandis que les autres musiques, avec toute leur science et leur art, ne parviennent pas à vous toucher autant. »

« Certes, mais une autre interprétation est permise : c’est bien du geste dont il est question dans cette anecdote, du geste qui, répété au fil des années, devient parfait et finit par faire craquer, par faire tomber les murs […]. »

In Jean During, Cahiers de musiques traditionnelles, 14 : Le geste musical, Genève : Ateliers d’ethnomusicologie, 2001, p.39. Reproduit avec l’aimable autorisation de Laurent Aubert.